Témoignages

Cette rubrique a pour but de sensibiliser un maximum de personnes à la question des victimes, tout en incitant les personnes victimes qui n'osent pas parler à le faire. 
Toutes les personnes en tant que victimes ou proches de victimes doivent savoir qu'il/elle n'est pas seul.e et qu'il/elle peut obtenir de l'aide gratuitement par des professionnels formés.


L'engagement quoditien de France Victimes : permettre à toutes les personnes concernées d'avoir connaissance de leurs droits et comment les faire valoir, d'être soutenues psychologiquement et dasn toutes les démarches administrtives et sociales. 
Pour cela, le 116006 est disponible 7 jours/7 ainsi qu'un formulaire de contact pour vous orienter au mieux vers les associations proches de chez vous.

Si vous souhaitez témoigner en toute confidentialité, Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

#VictimesPlusJamaisSeules

 

Tous les prénoms dans ces témoignages ont été modifiés par soucis de confidentialité. 

 

Tous les témoignages de personnes victimes sont regroupés par thèmes ci-dessous cliquables : 

Accident de la circulation  -  Agression physique   -   Discrimination   -   Harcèlement     -   Viol ou Agression sexuel   -   Violences Conjugales

 

Paroles de victimes

Accident de la circulation

Clara, 19 ans, Occitanie, victime d’un accident de la circulation

"J’ai eu un accident de la route environ 6 mois après avoir eu mon permis. Ça s’est passé le matin du 12 novembre 2018 à 7h30 alors que je partais de chez mon copain pour rejoindre mon école.

J’ai évité un sanglier, la voiture a glissé car il pleuvait, elle a fait de l’aquaplaning. L’avant de la voiture a pilé dans le fossé. La voiture s’est retournée sur le plafond puis s’est mise sur les deux roues du côté passager. À mon grand étonnement j’ai été particulièrement silencieuse pendant le déroulement de l’accident. Je n’ai pas pleuré, je ne comprenais pas vraiment ce que je ressentais à ce moment-là. Mon objectif était : « je dois sortir d’ici ». J’ai détaché ma ceinture, tapé la tête contre la vitre, attrapé le volant qui s’était bloqué et l’appuie tête pour essayer d’ouvrir la portière. En même temps que j’ouvrais la portière, j’ai appuyé sur le klaxon pour essayer d’alerter les gens. En général quand les gens voient une voiture accidentée sur le bord de la route, ils croient que la voiture a été abandonnée alors j’ai préféré klaxonner. Une dame s’est arrêtée puis un monsieur. Le monsieur a appelé les pompiers pour moi, et la dame a sauté par-dessus le fossé pour m’aider à tenir la portière et pour que je puisse sauter et avoir mes deux pieds sur le sol.

Je n’ai rien eu, physiquement, je n’ai pas été à l’hôpital. Mais, psychologiquement cela a été dur et ça l’est encore. J’ai longtemps fait des cauchemars, eu des flashbacks. Aujourd’hui j’utilise encore la voiture car je n’ai pas le choix mais c’est une source de stress. Rouler vite me fait peur. Dès que je passe les 80, 90km/h, je suis très stressée."

 

Cédric, 32 ans, gravement blessé dans l'accident de TER à Gimont le 27 septembre 2010 

"Le lendemain de la collision entre le train et le camion, aux urgences, on m'a montré La Dépêche : il y avait un article sur l'accident avec les coordonnées de l'association d'aide aux victimes. Le 4 octobre, j'ai eu rendez-vous avec une psychologue que j'ai revue cinq fois, entre 1 h 30 et 2 heures. Le fait que ce ne soit pas chronométré, c'est important quand on a besoin de parler. Et puis, n'ayant pas un salaire élevé, ça m'a permis d'avoir un suivi important sans me demander si je pouvais me le permettre. L'association m'a aussi aidé à monter un dossier pour être indemnisé. Bien que travaillant dans le droit social, sans l'association, j'aurais perdu du temps. Cette association permet d'avoir un accès rapide et clair au droit. C'est le lien indispensable entre les victimes, la justice et les auteurs d'agression. J'ai été interloqué quand j'ai appris qu'elle avait des difficultés. Je pensais qu'elle était intégralement financée par l'État. Dès que j'aurai l'indemnisation, je ferai un don pour les remercier de ce qu'ils m'ont apporté, c'est certain, car ils sont là du début à la fin."

 

Barbara, 47 ans, Nouvelle-Aquitaine, Victime d'accident de la circulation

"En 2014, j’ai été renversée par une voiture. J’ai immédiatement pensé à protéger ma tête, je savais que c’était la première chose à faire. J’ai été transférée au CHU le plus proche où j’ai été hospitalisée et opérée dans la foulée. C’est là que l’on se rend compte que la vie bascule. Pour ma part, ce fut un chamboulement complet et je n’avais de cesse de me dire « je ne peux pas laisser mon mari et mon fils », « ils ont besoin de moi ». Durant cette période il me fallait gérer la douleur, la situation, le travail... La police a appelé mon mari pour porter plainte, ce que j’ai fini par faire 15 jours après les faits.

L’automobiliste qui était restée sur les lieux m’avait dit : « relevez-vous, vous n’avez rien, vous n’avez pas mal ». Paradoxalement, elle poursuivait « elle est maigre, elle doit avoir mal ». Mais je ne la blâme pas, elle a dû avoir peur sur le coup. Nous nous sommes retrouvées au moment du pénal mais depuis 3 ans j’ai fait en sorte de ne plus la revoir. Au fond de moi je lui en veux. Je me dis qu’elle aurait pu me tuer.

J’ai eu la chance d’être rapidement orientée vers l’association France Victimes de ma ville. J’y ai rencontré une femme exceptionnelle qui m’a prise en charge et m’a dirigé vers les bonnes personnes au bon moment. À mon écoute, elle se montrait disponible. Cette femme m’a sauvé la vie. Depuis 3 ans, je la vois une fois toutes les 3 semaines. Je pense que j’ai besoin de ce suivi au moins jusqu’au jugement civil. J’attends les réparations physiques.

Depuis, j’ai repris le travail à mi-temps et j’avance vers un 60 % : je vais mieux. Je suis sous traitement pour dormir mais les cauchemars ont cessé. Avoir repris une vie sociale me permet de me reconstruire et d’avancer.

Cet accident a changé ma vie. Je vois la vie autrement, je vis autrement. Ce fut très dur pour moi au début mais cela m’a rendue plus positive. J’ai croisé beaucoup de bonnes personnes sur mon chemin.

Aujourd’hui, je suis très prudente en voiture, je roule moins vite et je fais très attention lorsque je suis piéton. J’ai encore des douleurs, du fait de mes deux opérations : je boite, je porte des semelles orthopédiques. Je ne peux plus me chausser comme je veux.
Il faut s’adapter, on ne peut pas faire autrement.

J’ai tellement touché le fond que j’ai fini par positiver."

 

Agression physique

Laurent, 35 ans, son fils de 7 mois a été frappé par sa nounou

"C'est au tribunal qu'on nous a parlé de l'association d'aide aux victimes. Cette dernière nous a mis en relation avec une association spécialisée qui s'est constituée partie civile avec nous, ce qui nous a permis d'avoir l'appui de son avocat spécialiste dans les traumatismes crâniens chez les nourrissons. En parallèle, on pouvait passer à l'association d'aide aux victimes quand on voulait, ça fait du bien d'être écouté. À l'approche du procès, ils nous ont expliqué comment ça allait se passer. A l'audience, deux intervenantes de l'association d'aide aux victimes étaient présentes. Elles nous ont fait un débriefing. Un mois après, l'une d'elles nous a raccompagnés au délibéré. Elle nous a expliqué la sanction pénale, car c'est pas évident à accepter juste 4 mois avec sursis vu le mal qui a été fait à notre enfant ; je m'attendais à plus. Aujourd'hui, on a tourné la page, grâce à la condamnation et à l'association. Il faut soutenir les associations qui s'occupent des victimes."

 

Homme, 75 ans, victime de violences volontaires 

"J'ai 75 ans, je suis marié, j'ai 2 enfants et je vis à la campagne. À l'été 2015, je me suis retrouvé face à un tracteur à l'arrêt, sur un chemin étroit et boueux. J'ai demandé au conducteur de dégager la chaussée. Il est alors descendu de son véhicule et m'a donné plusieurs coups de poings, des coups de pied, tout en m'insultant. Je me suis dirigé vers la gendarmerie la plus proche, qui m'a transféré à l'hôpital après des premiers examens. C'est à ce moment là que j'ai pris contact avec une association d'aide aux victimes, dont j'ai eu connaissance aux urgences. L'association m'a accompagné dès le moment du dépôt de plainte et m'a expliqué l'importance de ma présence au procs pour que mon témoignage soit entendu. Même si mon témoignage fut difficile , ce fut un soulagement d'être accompagné par l'association et de pouvoir parler de l'impact de cette agression sur ma vie. Pour moi la peine n'est pas satisfaisante (4 mois de prison avec sursis) au regard des conséquences sur l'explosion de ma famille. Je n'ai pas pu garder mes petits-enfants pendant plus d'un an..."

 

Discrimination 

Matthieu, 19 ans, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Victime d'homophobie

"On a commencé à me harceler en seconde. J’assumais pleinement mon homosexualité, mais j’étais dans une classe de « machos ». Ils ont commencé à m’envoyer des pics : « un vrai mec ne pense pas comme ça », « un vrai mec doit dire ou faire ça. »…
J’ai décidé de passer outre. Je me suis rapproché d’un garçon de la classe, nous étions complices. Une fille a lancé la rumeur selon laquelle j’avais pris les fesses de ce garçon en photo. Tout le monde s’est retourné contre moi (y compris le garçon en question) et certains disaient même qu’il fallait faire attention car je risquais de les « tripoter » ou de les violer dans les toilettes. Pendant 6 mois j’ai subi sans réagir et une nouvelle rumeur a été lancée : je couchais avec un homme plus vieux. Évidemment tout était faux mais j’ai eu le droit au surnom du « petit pd qui se tape des vieux ». J’ai fini en dépression. Je séchais les cours et je me mutilais tous les soirs."

 

Selma, 17 ans, Ile-de-France, Victime de discrimination

"J’ai intégré un lycée où je ne connaissais personne et malgré des problèmes de dyslexie et de communication, j’ai essayé d’aller vers les autres élèves. Je me suis rapprochée d’une fille assez populaire en me disant que cela me « protègerait » des autres, notamment du groupe de garçon de la classe qui me lançaient des pics sans raison. J’avais le droit à des « ta gueule », « t’es qui » et je ne réagissais pas. Avec le temps, ils se sont mis à m’insulter plus fort encore : « t’as rien à faire ici, t’es grave conne, casse-toi dans ta cité. », « t’es une connasse ».

J’essayais de prendre sur moi, mais je pleurais matins et soirs, j’avais une boule au ventre en allant au lycée et je priais pour qu’un camion m’écrase sur le chemin. Je cachais la situation à mes parents. Malgré tout, j’essayais d’être gentille et d’aller vers les autres, mais rien n’y faisait. Les insultes continuaient et on se permettait des réflexions peu appréciables sur ma religion et sur la situation financière de mes parents. Je voulais changer de lycée, mais il était réputé et je me disais que ce n’était que quelques mauvaises années à passer. Pour mes camarades, je venais des quartiers populaires, ils disaient que je vivais dans un quartier de dealer, avec des religieux extrémistes et autres clichés complétement faux.
Je me souviens m’être fait toute petite durant les attentats de Paris, par peur d’être prise à partie. Ils me lançaient des : « De toute manière, on est plus en sécurité », « Le FN il n’y a que ça de vrai, hein Selma ? » Pendant les cours de géographie, ils me cherchaient en disant que « les banlieues c’est là où il y a des rebeus qui se battent et dealent » ou « que les rebeus étaient tous des multi récidivistes islamistes vendeurs de shit ». Cela a duré deux ans et j’ai finalement changé de lycée pour mon année de terminale, il était impossible que j’obtienne mon BAC dans de telles conditions. J’ai développé une véritable phobie scolaire et ces deux années m’ont détruite psychologiquement. J’ai finalement avoué la situation à ma famille, et mon grand frère a envoyé un message sur Facebook au « leader » du groupe.

Ce à quoi il a répondu : « C’est de sa faute, elle se braque pour rien. ». Le fait que je me sois faite harceler pendant 2 ans et que l’on m’en tienne pour responsable a été encore plus difficile pour moi."

 

Harcèlement

Joséphine, 14 ans, Ile-de-France, Victime de harcèlement, coups et insultes

"En primaire, une fille m’insultait sans cesse, me menaçait, me tirait les cheveux, me frappait... Je ne lui ai jamais rien fait, je pense qu’elle était jalouse de moi. En voyant des blessures, mes parents ont décidé de porter plainte contre l’école et contre les professeurs qui ont assistés à ces scènes sans ne jamais rien faire (certains d’entre eux souriaient). 

Par manque de preuves, la plainte a été classée sans suite. Elle a alors continué jusqu’en 6e et ses amis se sont joints à elle. Ils me poussaient dans les couloirs, m’insultaient à l’école, par SMS et même sur les réseaux sociaux. Je n’en parlais pas, ça me rendait malade et je ne mangeais plus. Une fois, cette fille et son ami m’ont tellement martyrisée que j’ai fait une tentative de suicide à seulement 11 ans."

  

Manon, 17 ans, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Victime de harcèlement à l'école 

"J’étais en 3e et une ancienne copine a lancé la rumeur selon laquelle « je me faisais tourner dans les caves ». Cette phrase a ensuite été répétée, amplifiée et des dizaines de versions sont sorties. Partout où j’allais, j’en entendais parler, on me pointait du doigt, on me dévisageait. J’ai commencé à recevoir des messages de menaces et mes camarades me rabaissaient sans cesse. J’avais un fort caractère mais j’étais devenue faible. Plus le temps passait et plus j’étais impuissante, je vivais avec la boule au ventre. Quand je passais, on m’insultait de « sale pute », « salope », « chienne de caves » … Lasse, j’ai décidé de réagir et je me suis battue avec une élève qui ne cessait de m’insulter. Cela n’a malheureusement fait qu’empirer les choses et je n’avais plus la force de retourner à l’école affronter tous ces gens. Je me suis mise à sécher les cours et à errer toute la journée pour que mes parents ne se rendent compte de rien. J’étais fatiguée, je ne supportais plus cette vie et j’avais les idées de plus en plus noires. J’ai fini par en parler avec ma mère et j’ai changé d’établissement.

Cela a été tellement difficile que 2 ans plus tard, j’ai encore du mal à m’en remettre."

   

Inès, 54 ans, Bretagne, Victime de harcèlement au travail 

"Durant plus de 35 ans de carrière, je n’ai jamais eu aucun problème avec mes différentes directions ou mes collègues, bien au contraire. J’avais un poste à responsabilité et je manageais la plus grande équipe de la structure. Un nouveau directeur est arrivé et je ne sais plus comment tout s’est enchaîné. Il m’a rapidement fait faire un bilan de compétence et a refusé de recruter de nouveaux employés lorsque mon activité a augmenté. Je me retrouvais surchargée de travail et j’enchaînais les heures supplémentaires. Lorsque j’ai osé me plaindre, il m’a reproché mon manque d’organisation et m’a conseillé de « faire du yoga » car si je n’arrivais pas à gérer la situation c’était à cause de la fatigue et non pas parce que l’équipe était en sous-effectif. 

Il a fait appel à une coach pour me rencontrer et mettre en place un suivi, cette dernière a décelé un burn out. Il a très mal réagi et a décidé de couper court. Le soir même, mon médecin m’a prescrit le premier arrêt maladie de ma vie. Dès lors, il m’avait en ligne de mire et était toujours en désaccord avec moi. Lorsque je refusais des congés à des membres de mon équipe, lui les acceptait pour me mettre en difficulté. En réunion, il n’hésitait pas à m’humilier. Il suffisait que je pose une question pour qu’il me fasse la leçon, pour me dire que j’étais hors sujet ou que ce n’était pas le moment d’en parler. Il disait à certains collègues que je ne comprenais rien et leur demandait « ça va avec elle ? ». C’est là que j’ai compris ce que je subissais : du harcèlement moral. Je commençais alors à perdre crédibilité et confiance en moi, j’avais l’impression que je ne savais plus faire mon travail. Dans le cadre d’une enquête menée sur les risques psychosociaux dans la structure, le directeur me questionne sur mon management. Dès que je réponds, il rétorque « ce n’est pas une réponse » et en profite pour s’attaquer à d’autres chantiers : « autant de personnes à gérer c’est beaucoup trop pour vous », « votre mail n’était pas correct » ...

Pourtant, c’était ses mails qui étaient durs. J’étais désemparée lorsque j’en recevais un, je ne savais pas quoi répondre. Quelques mois plus tard, il m’annonce qu’il a une « bonne idée » pour moi. Il m’invite à prendre un autre poste et à laisser ma place, mes responsabilités et mon équipe à quelqu’un d’autre, car selon lui, je n’aimais pas le management. Je ne lui ai jamais rien dit à ce sujet. Mon sort était déjà scellé : je devais accepter un poste de « référente » (sans trop savoir ce que c’était) ou partir. Je n’étais pas étonnée, j’étais sur un siège éjectable depuis son arrivée. En prenant ce nouveau poste, parquée dans un bureau exigu à six, loin du confort de mon ancien bureau, les brimades ont continué. Un jour il a osé dire aux collègues qu’il ne fallait pas m’écouter car j’étais de l’ancien temps. C’est là que ma descente en enfer a commencé.

Pendant 3 mois, je me suis retrouvée à effectuer des missions de débutante. Je faisais des heures supplémentaires sans aucune rémunération. Je n’avais plus de loisirs, plus de vie sociale, je ne pensais qu’au boulot et à satisfaire mon directeur. Ma vie privée en a pris un coup. Je mentais à mon mari pour pouvoir rester plus tard au travail, mes enfants m’en voulaient car je m’éloignais d’eux. Ma famille s’est sentie délaissée et s’est éloignée de moi en retour.

Sous pression, j’ai à nouveau été arrêtée pour la 3e fois en quelques mois. À mon retour, j’étais tellement angoissée à l’idée de reprendre le travail et de le revoir que j’en suis tombée malade. Je suis arrêtée depuis 1 an.

Ma vie a complètement basculé. Sous anti dépresseurs et somnifères, je ne sortais plus du lit et dormais plus de 15 heures par jour pendant des mois. J’étais en décalage, je n’avais plus envie de rien, je n’avais pas la force de voir du monde. J’étais épuisée mentalement et physiquement. J’ai pris du poids, je faisais des cauchemars toutes les nuits. Je vivais avec la boule au ventre. J’avais peur de cet homme dont je n’arrivais pas à me défaire. Pendant 2 ans, j’ai supporté le harcèlement de cet homme pensant que c’était moi le problème. Aujourd’hui, je ne sais pas quel est mon avenir. J’ai peur d’y retourner mais j’ai aussi peur de reprendre un autre travail. Suis-je assez bien ? Cet homme m’a détruite et aujourd’hui j’essaye de me reconstruire grâce à mes proches. J’ai pris conscience que la vie était ailleurs."

  

Guillaume, 17 ans, Ile-de-France, Victime de harcèlement moral

"J’ai subi du harcèlement moral au collège car j’étais différent des autres. Tous les jours, on se moquait de moi, on m’insultait, on m’humiliait et j’étais de plus en plus mal. Grâce à l’intervention du CPE et de ma famille, la situation s’est apaisée. Aujourd’hui, je suis en 1re et j’ai l’impression que l’histoire se répète. Les gens critiquent ma façon d’être et lancent des rumeurs sur moi. Tout le monde dit que je suis homosexuel alors que ce n’est pas vrai. On me reproche d’être trop efféminé et on m’invite (paradoxalement) à assumer mon supposé penchant pour les garçons alors que j’étais amoureux d’une fille de la classe. Tous les jours, on me lance : « t’es moche », « tu ne sers à rien », « tu ne trouveras jamais personne », « personne ne t’aime ». Je n’ai jamais porté plainte car je pense que ça ne mènera à rien et je n’ai parlé à ma famille que du harcèlement au collège. Ce qui m’a marqué, c’est une humiliation devant toute la classe : « Tu ne mérites rien dans la vie »."

 

Aminata, 16 ans, Grand-Est, Victime de harcèlement et de menace armée

"Au collège, une nouvelle est arrivée dans la classe. Rapidement, elle s’est mise à me bousculer et à m’insulter. Je n’aime pas les conflits alors je ne réagissais pas, mais un jour j’ai craqué et nous nous sommes disputées. Pour se venger, elle a alors volé mon sac. Toute la journée, mes recherches ont été vaines et j’ai pu deviner que c’était elle car le signal de mon téléphone menait chez elle.  À son retour, elle me menace : « il ne fallait pas me dénoncer sale pute, tu verras ce que je vais te faire. Toi et ta pote je vais vous planter. ». Elle a mis sa menace à exécution. Nous étions aux toilettes avec mon amie, et mon harceleuse nous a coincé en nous menaçant avec un couteau. Nous avons eu très peur, nous nous sommes enfermées dans les toilettes. Déterminée, elle nous attendait à la sortie du collège pour nous planter avec son couteau." 

  

Viol ou Agression sexuelle

Luisa, 44 ans, Bourgogne-Franche-Comté, victime de viol par un médecin

"C‘était le 24 septembre 1996. J’étais avec mon ex-conjoint chez mes beaux-parents, j’avais annoncé à mon ex-conjoint, qui était violent avec moi, que je le quittais. Tout le monde s’en est pris à moi et cela a déclenché une crise d’épilepsie. Je suis épileptique depuis l’âge de 2 ans à cause de coups que mon père me donnait.

Cette crise d’épilepsie a duré 45mn. Les pompiers n’arrivant pas à me réanimer, j’ai été transportée à l’hôpital le plus proche de chez moi, mais ils n’ont pas réussi non plus. On m’a alors transféré vers le service des urgences d’un autre hôpital. Je suis revenue à moi dans le véhicule du SAMU.

On m’a amenée aux services des urgences et c’est là que tout a commencé.

J’étais allongée sur le brancard et le médecin est arrivé avec des infirmières et des internes. Les internes ont pris ma tension. Le médecin voulait me mettre sous perfusion et les infirmières et internes ont refusé en disant que les pompiers et l’hôpital précédent m’avait déjà injecté suffisamment de produits. Il s’est énervé contre eux et a fait sortir tout le monde. Il a pris une interne pour qu’elle me fasse la perfusion puis je me suis retrouvée seule avec lui dans la chambre. Il a fermé la porte, puis il est venu vers moi et m’a injecté un produit. Il m’a dit qu’il était médecin et pouvait donc faire tout ce qu’il voulait, tout en commençant à me caresser. Il m’a demandé si je venais de la DDASS. Il avait lu mon dossier et le savait. J’ai voulu crier mais il m’a attaché et m’a mis quelque chose dans la bouche. Le produit qu’il m’avait injecté était censé me droguer, mais comme je suis épileptique, il n’était pas assez fort pour fonctionner sur moi. J’ai donc tout vu. Il m’a dit que si j’étais gentille, il m’aiderait à trouver du travail et à passer le BAFA. Il m’a violée. Il a introduit ses mains devant, et m’a violée par derrière. Le viol a duré longtemps. À un moment, une infirmière est rentrée, alors qu’il était en train de me prendre par derrière, elle a dit « oh pardon » et elle est ressortie. Il a fini en m’éjaculant sur le ventre.

Il m’a dit de ne pas en parler, que de toute façon je venais de la DDASS et que lui était médecin, donc personne ne me croirait. Il a ensuite appelé les infirmières qui m’ont fait monter dans un autre service. L’une d’elle m’a dit que si je voulais parler, il ne fallait pas hésiter. Dans le service où je suis arrivée, j’ai insisté pour qu’on ferme la porte de ma chambre, ce qui a étonné les infirmières, et j’ai pleuré toute la nuit. On m’a demandé ce qu’il se passait, mais je n’ai rien dit à ce moment-là. C’est le lendemain matin, lorsque mon ex-conjoint et ma belle-mère sont venus me voir que j’ai tout raconté. L’infirmière, qui avait déjà fait un rapport sur mon état pendant la nuit, m’a accompagnée au service où il y a les chefs. Le directeur de l’hôpital était là, je lui ai tout raconté, il m’a écoutée, il m’a dit qu’il savait que je ne mentais pas, puis il a sorti son carnet de chèques. Il m’a dit qu’il ne fallait pas que cette affaire s’ébruite, que cela ferait du tort à l’image de l’hôpital et qu’il s’occuperait lui-même du médecin. J’ai pris le chèque, non pas pour l’encaisser, mais pour servir de preuve.

Je me suis faite accompagner, par mon ex-conjoint et ma belle-mère chez ma sœur. Tout le monde m’a dit de ne pas parler, qu’on ne me croirait pas. Ma sœur m’a dit que je serais encore une fois la honte de la famille si je parlais. En effet, quand nous étions petites, notre père nous battait moi et mes sœurs, il nous séquestrait et abusait de nous. C’est moi qui ai brisé la loi du silence à cette époque pour faire cesser cet enfer.

Je suis rentrée chez moi et environ 2 semaines plus tard, la gendarmerie est venue sonner à ma porte. Les gendarmes m’ont demandé de les suivre parce que le procureur leur avait ordonné de m’entendre. Je ne comprenais pas ce qu’il se passait. Je leur ai demandé si j’avais oublié de régler une facture. Une fois à la gendarmerie, ils m’ont demandé de raconter la journée du 24 septembre.  Je leur ai dit tout ce qu’il s’était passé. Ensuite nous sommes partis au tribunal où j’ai dû raconter de nouveau ce qu’il s’était passé au procureur. Il a alors demandé aux gendarmes d’aller chercher le médecin car celui-ci lui avait écrit une lettre en disant qu’une jeune fille allait porter plainte et en décrivant ce qu’elle allait raconter. Comme il a écrit mot pour mot ce que j’ai raconté avant même que je le dise, il s’est vendu tout seul et le procès a commencé.

On m’a fait passer devant plusieurs experts. Après le 24 septembre, j’avais arrêté de manger, cela a duré 2 ans et demi. Je ne voulais plus rien mettre dans ma bouche comme il y avait mis son sexe. Je me nourrissais seulement de café au lait. En 1 mois j’avais perdu 14 kilos. Ils ont demandé à ma famille s’il pouvait me prendre chez eux car je n’étais pas en état de rester seule et ma famille a refusé. J’ai donc été hospitalisée pendant 1 an et demi. La seule personne qui me rendait visite était mon ex-belle-mère. Elle a proposé de m’héberger mais seulement si je retournais avec son fils. Elle voulait me garder sous leur emprise. J’ai fait plusieurs tentatives de suicide à l’hôpital et j’ai fini par accepter de retourner avec mon ex-conjoint violent pour pouvoir sortir de l’hôpital.

Le médecin a été reconnu coupable et condamné, mais il ne respectait pas le jugement qui lui a interdit d’exercer la médecine. J’ai dû le dénoncer à l’ordre des médecins. Il ne m’a toujours pas versé les dommages et intérêts qu’il me doit.

Je suis rentrée à l’hôpital ce jour-là pour y être soignée et j’en suis ressortie violée, traumatisée, malade, ne pouvant plus travailler.

Aujourd’hui je suis suivie par une association d’aide aux victimes. Quand tout va mal, il faut savoir frapper aux bonnes portes pour pouvoir être aidée et s’en sortir."

 

Amandine, 36 ans, Grand-Est, victime d’inceste

"J’ai été victime de plusieurs viols, par un oncle, alors que j’étais âgée de 6 ans. Je me suis « réveillée » à la naissance de ma fille mais surtout lorsque mes parents m’ont dit l’emmener chez lui un week-end. Cette annonce de mes parents m’a bouleversée et paniquée, j’en ai immédiatement parlé à ma psychologue, qui me suivais depuis de nombreuses années pour dépression. J’ai enfin parlé des faits que m’avait fait subir mon oncle. Sur les conseils de ma psychologue, j’ai raconté la vérité à mes parents le jour-même. Ils ont été bouleversés mais n’ont jamais remis en doute ma parole. Ils ont compris ce même soir que mon frère avait également vécu cet enfer. À l’âge de 28 ans, après 22 ans de non-dit, de questionnements, de souffrance, j’ai enfin pu parler avec mon frère.

Nous avons ensemble décidé d’écrire au procureur de la République pour dénoncer ces crimes. Étant petite je ne me souvenais pas de tout. Mon frère m’a appris que j’ai été violée de nombreuses fois. Beaucoup plus que ce dont je me souvenais. Une fois la lettre envoyée, nous avons attendu un an. Puis, nous avons été entendus par des gendarmes respectueux. Ils ont su me rassurer et prendre le temps nécessaire pour m’écouter.  

Les démarches judiciaires ont été très longues. Le violeur a été placé en garde à vue. Sa femme est venue à mon domicile, elle disait ne rien comprendre. Pour elle, son mari était innocent et nous étions les coupables. Par la suite, j’ai subi un déferlement d’insultes de la part de ma famille du côté de mon oncle. Je voulais uniquement qu’il soit reconnu coupable et surtout qu’il ne recommence jamais. J’ai sombré, culpabilisé, je me suis détestée d’avoir parlé.  Mes parents, mon mari et mon frère ont été présents et je les en remercie.

La confrontation avec le violeur est arrivée 3 ans après que nous ayons envoyé la lettre au procureur. La juge d’instruction a été juste et n’a jamais remis en cause nos dires. Cette confrontation a été violente car il avait tout avoué en garde à vue mais a ensuite tout nié.

En 2018, nous avons enfin reçu une convocation au tribunal. Il a été condamné et reconnu coupable. Ce fut une délivrance. Il pointera à la gendarmerie jusqu’à ses 74 ans.

Les juges et l’avocat général ont été bienveillants envers nous. L’avocat général nous a dit que nous avions eu du courage de parler, que nous pouvions être fiers et que malgré nos épreuves nous étions frère et sœur.

Même si cela a été long et difficile, nous sommes reconnus comme victimes. Rien n’est facile mais je ne regrette plus d’avoir parlé. Le procès m’a permis d’avancer et de libérer enfin ma colère.

Je ne saurai jamais qui j’aurais dû être mais on me dit forte et spéciale. J’ai toujours des moments difficiles car il a volé mon insouciance, mon enfance et ma confiance. Je sais aujourd’hui que j’ai protégé ma fille en parlant. J’ai pu lui dire que son corps est à elle seule.

Je témoigne pour dire également merci à mes parents, mon mari, ma fille, les gendarmes, mon avocate, les juges, ma psychologue, le numéro d’écoute et mon frère."

 

Léna, 20 ans, Bouches du Rhône, victime de viol par son ex-petit ami

"« L’amour rend aveugle ». C’est une phrase que l’on entend souvent mais dont on ne mesure pas le sens. Je suis tombée amoureuse d’un garçon, lorsque j’avais 18 ans. Les premiers mois sont toujours les plus beaux. Mais un jour tout s’écroule. Il dit être en dépression, il me quitte, mais continue de me garder sous son emprise car il sait que je suis naïve et que malgré tout je l’aime toujours autant.

Arrive le mois de mars 2018. Il dit se sentir mieux et souhaite que l’on se remette ensemble. Puis tout va très vite, une dispute, je tente d’arranger les choses. Son égo prend alors le dessus. Il me viole.

Il m’a violé pour « se venger » du sujet qui nous a conduit à nous disputer. Il avait prémédité son crime, il me l’a dit de vive voix : « Si tu n’étais pas venue chez moi pour essayer d’arranger les choses c’est moi qui serais venu et je t’aurais violée ».

Il me faut trois jours pour le dire à mes parents, trois longs jours de déni, puis je me retrouve assise en face d’une policière pendant deux heures afin de lui raconter dans les moindres détails ce qu’il m’a fait ce 13 mars 2018.

Je l’ai bloqué de partout, j’ai coupé tout contact avec les personnes qui le connaissaient, même de loin. Je n’ai rien envie de savoir de ce qu’il est devenu.

Aujourd’hui, on est le 4 février 2019. Selon mon avocat, une enquête est en cours depuis le mois de juin. Je n’ai jamais été convoquée, les vêtements que je portais sont dans un tiroir sous mon lit. J’essaie tant bien que mal de me relever, de sourire le matin quand je me réveille, de me reconstruire même si je sais pertinemment que je ne serais plus la personne que j’étais il y a un an.

Cela fait dix mois que j’ai un syndrome de stress post traumatique et que je vois deux thérapeutes par semaines. Je prends des anxiolytiques et cela a engendré des problèmes de mémoire et de concentration. J’ai des flashbacks qui reviennent sans cesse et des cauchemars lors desquels je revis la scène. Peut-être que si je savais qu’il serait condamné, qu’il paierait pour ce qu’il m’a fait, je serais un peu plus soulagée. Mais la justice française est d’une lenteur extrême.

L’amour rend aveugle car si j’avais pu ouvrir les yeux plus tôt, si j’avais écouté mes proches qui me disaient qu’il n’était pas un garçon pour moi, que je méritais mieux, probablement que rien de cela ne serait arrivé. Mais ce ne sont que des « si » et aujourd’hui il est trop tard pour avoir des regrets.

J’ai 20 ans et en juin j’aurais dû avoir ma licence de droit.

Un viol c’est une mort psychique et une dispute ne mérite pas de se terminer par un tel crime."

 

Irène, 32 ans, Hauts-de-France, Victime de viol

"À 15 ans, j’ai été violée par l’ex compagne de mon père.

Cela a duré des années mais je n’ai rien dit. À vrai dire, je ne comprenais rien. Je me suis retrouvée totalement sous son emprise. Les souvenirs et les sensations sont claires mais sur le moment, il y a plus de 15 ans, j’étais incapable de faire quoi que ce soit.

Quand mon père l’a quittée quelques années plus tard, j’avais changé de région et le temps est passé. Mais la naissance de mes enfants a tout fait remonter : ça a été le déclic. Tout ce qui était arrivé n’était pas normal. Je prenais conscience. Suivie par un psychologue, un long travail s’est fait. J’ai contacté une structure adaptée, qui m’a encouragée à porter plainte et donné les outils pour comprendre pourquoi je ne parlais pas. J’ai fini par retourner vivre dans ma ville natale.

Je suis allée voir mon agresseuse. J’ai vidé mon sac. Les seuls mots qu’elle a prononcés ont été « Je n’ai pas pu faire ça ». Cela m’a soulagé mais les jours qui ont suivis ont été très difficiles. J’ai eu des flashbacks, etc.

Sur place, je cherchais quelqu’un vers qui me tourner. J’ai intégré un groupe de parole dans l’association France Victimes près de chez moi. Cela m’a fait avancer. J’avais un espace où je pouvais parler, où je me rendais compte que je n’étais pas seule et que d’autres ont été confrontés aux mêmes choses… J’ai été suivie pendant plus d’un an et je suis toujours en contact avec la psychologue de l’association. J’ai déposé plainte. Je voulais remettre les choses à leur place. Je suis une victime. Elle est mon agresseuse. Mon père n’a rien vu. Ma mère s’est posé des questions mais n’a rien fait.

Ma plainte a été classée sans suite mais elle est passée par la case garde à vue, expertise psy… Je me raccroche à cela, elle a moins de chance de recommencer, de s’en prendre à d’autres. Cette plainte et les convocations au commissariat m’ont permis d’échanger avec ma mère : « Ils vont me demander pourquoi je n’ai rien fait ». Moi aussi je me le demande.

Pour moi, c’est important de témoigner car le chemin a été long et difficile. On se sent seuls. En général, l’agresseur est un homme. Dans mon cas c’était une femme, dans le cercle familial… Beaucoup se demandent pourquoi je ne suis pas partie. Elle ne m’a pas battue, ne m’a pas enfermée. On ne se rend pas compte du mécanisme qui peut s’installer dans de telles situations. Mais avec le temps, j’ai compris qu’homme ou femme, la douleur était la même.

Aujourd’hui, je me sens libérée. Ça sera toujours là, cela fait partie de mon histoire mais je ne suis plus enfermée dans la situation. Il est essentiel pour moi que je me détache de tout cela pour ne pas transmette mes angoisses à mes enfants."

 

Lana, 21 ans, Centre-Val de Loire, Victime de harcèlement et d'agression sexuelle

"Mon chargé de TD à l’université était une connaissance. Il vivait dans le même immeuble que mon meilleur ami et je savais qu’il était marié et qu’il avait un enfant. Un jour, il me propose de réviser dans son bureau et prend mon numéro. Il m’envoie des messages, me pose beaucoup de questions personnelles et finit par m’avouer que je lui plais. Je lui fais comprendre que ce n’est pas réciproque mais je n’ai pas voulu le vexer alors j’en ai ri et j’ai laissé passer. En cours ou en soirée, lorsqu’il y a du monde, il garde ses distances mais il me regarde en se mordillant la lèvre et m’envoie des messages pour que je le rejoigne dans les escaliers de son immeuble. J’arrive toujours à l’éviter.

Mais un soir, alors que j’allais chez mon meilleur ami, nous nous sommes croisés. Il me répétait qu’il pensait tout le temps à moi et que je lui plaisais vraiment. Il m’a collé contre le mur pour m’embrasser dans le cou. Je l’ai alors repoussé en lui disant qu’il ne me plaisait pas du tout et qu’il n’avait pas intérêt à recommencer. Nous nous sommes revus en soirée, il disait à tous qu’il voulait dormir avec moi. Du coup, tout le monde a eu des soupçons sur lui et il s’est retrouvé dans l’embarras. J’ai ensuite déménagé, je n’ai plus jamais eu de nouvelles de lui et tant mieux !"

 

Corinne, 49 ans, Bourgogne-Franche Comté, Mère de victime de tentative de viol

"Un soir, ma fille de 8 ans me lance « Un tonton qui viole une petite fille, est ce que le papa va en prison ? ». Je lui demande ce qu’elle veut dire par là. Elle me regarde et dit laconiquement « Tonton Nicolas m’a violée ». Sous le choc, je m’écroule. Alors que mes filles étaient en vacances chez leur père, Nicolas en a profité pour se glisser dans le lit de mon ainée. Il a tenté de la pénétrer. Elle a eu très mal et s’est mise à saigner. Le lendemain, son père remarque qu’elle saigne beaucoup. Nous nous sommes inquiétés et avons pensé qu’elle s’était blessée. Elle avait 5 ans au moment des faits. Je suis allée déposer plainte et je l’ai emmené chez le gynécologue qui m’a confirmé qu’elle n’avait pas été violée. Le père de ma fille n’y croyait pas, son frère ne pouvait pas faire une chose pareille, c’était « un homme bon et pieux ». Devant les policiers, Nicolas a tout avoué et s’est même senti soulagé. Sa famille a continué de nier. Ils m’ont même demandé de retirer ma plainte et inviter à régler ça « entre nous, en famille ». C’était un coup dur pour cette famille très religieuse et bonne sous tout rapport. Ma fille, très proche de son père voulait que ce dernier la croit et la reconnaisse en tant que victime.

Lors du procès, Nicolas était en prison depuis 2 ans. « Je demande pardon aux parents de Clara ». Ce n’est pas à nous qu’il doit demander pardon mais à notre fille. Le verdict est tombé : 5 ans de prison pour agressions sexuelles et interdiction de rentrer en contact avec mes filles. Elle a eu des dommages et intérêts mais rien ne pourra réparer la douleur.

Aujourd’hui, 20 ans plus tard, son père continue de dire qu’il ne s’en rappelle pas. Elle attend de pouvoir l’affronter avec le jugement sous les yeux pour tenter de se reconstruire. Je me suis sentie extrêmement coupable, comment n’avais-je rien vu, comment n’avais-je pas su protéger ma fille."  

 

Fanny, 41 ans, Victime de viol et d'inceste 

"Dès mes 3 ans, j'ai été violée par mon grand-père, qui s'occupait de moi alors que ma mère était malade d'un cancer. Quelques années plus tard, j'ai également été attouchée par le fils de ma nourrice, à un âge où je n'arrivais pas à trouver les mots. Vers 31 ans, j'ai envoyé quelques lettres à ma tante, mon oncle et ma cousine afin de pouvoir m'exprimer sur ce qui s'était passé. Ne me sentant pas bien physiquement et surtout psychologiquement, j'ai été suivie par un psychologue de la CPAM, qui m'a ensuite orienté vers une association d'aide aux victimes. J'ai pu y trouver un groupe de parole qui m'a permis de qualifier les faits. C'était important. J'ai décidé ensuite, avec l'aide de l'association, de porter plainte. Mon grand-père étant décédé, il y'avait eu prescription, mais le fait de porter plainte m'a permis d'avoir un sentiment de reconnaissance de mon état de victime, et m'a permis de me défaire de ce sentiment de culpabilité et de honte"

 

Violences Conjugales

Élise, 50 ans, Occitanie, Victime de violences conjugales

"J’avais 28 ans, il en avait 22. Je vivais seule avec mes deux filles.
Je l’ai fréquenté pendant 3 ans. Nous n’avions pas la même vie : je travaillais dur, j’étais mère de famille et lui ne faisait rien. Rapidement, il a commencé à imaginer que j’allais voir ailleurs. « Je suis sûre que tu couches avec ton directeur », « je vous ai vu arrivé tous les deux en voiture » … Il devenait parano, je l’ai alors quitté une première fois. Il s’est excusé et s’il réagissait comme ça c’était « parce qu’il m’aimait » mais qu’il ne recommencerait plus.

Il n’a jamais tenu ses promesses. J’avais 15 minutes de retard et il s’imaginait le pire.
Avec le temps, il devenait insistant et voulait que l’on emménage ensemble, que l’on fasse un enfant… ce que je refusais catégoriquement. J’aimais passer du temps avec lui mais je savais qu’il n’y avait pas d’avenir possible entre nous.

Sa volonté de créer une nouvelle famille sans accepter celle que j’avais déjà construite m’a poussé à le quitter une nouvelle fois. Il a alors commencé à me suivre dans la rue. Où que j’aille, il était derrière moi. Un soir, il a attendu que je mette la clé dans la porte pour me pousser à l’intérieur. Il m’a enfermée à clé et m’a menacée : « Je vais t’emmerder toute la nuit », « Tu ne vas pas déposer plainte, tu travailles dans le monde judiciaire, tu vas perdre ton boulot » … Il a essayé de m’embrasser, je l’ai repoussé. Il m’a alors assené un coup de poing au visage. J’ai eu très mal. De nouveau, il s’est transformé en prince charmant. Naïve et en manque d’amour, je suis encore une fois – je ne les compte plus – retombée dans ses filets et j’oubliais même les menaces de mort. Il me disait « je viendrais te tuer et personne ne le saura ». Il avait fait une tentative de suicide alors je culpabilisais, je me disais que j’exagérais. Il n’était pas si méchant.

J’ai essayé de faire des efforts pour que cela se passe mieux entre nous. Nous avons coulé quelques jours heureux avant qu’il ne lève la main sur moi devant mes filles. C’était le déclic. Je ne pouvais pas imposer une vie pareille à mes filles. Je lui ai demandé de partir et j’ai déménagé.

Il s’est mis à me harceler, à crever mes pneus, à rayer ma voiture et il me suivait partout où j’allais… J’ai fini par déposer plainte. On m’a reproché d’avoir fréquenté une personne connue des services de police. On a seulement pris ma plainte contre X. Il a continué. Épuisée, j’ai alors fait appel à un ami pour qu’il m’en « débarrasse ».  Je pensais qu’il ne me lâcherait jamais jusqu’au jour où il m’a dit : « Je te quitte et sur la tombe de mon père, jamais je ne reviendrai avec toi ». J’étais soulagée. Il allait enfin disparaitre de ma vie.

Mais sa présence était toujours là. Il suffisait que quelqu’un soit derrière moi, pour que je sois prise de panique. Je le voyais partout et son souvenir me hantait. Cet homme m’avait détruite, il m’avait éloigné de tout le monde, je n’avais plus d’amis et j’avais honte d’en parler à ma famille.
J’ai perdu confiance en moi. Pendant 15 ans, j’ai refusé de fréquenter un homme pour me protéger et protéger mes enfants. Avec le temps et l’amour de mes filles, j’ai réussi peu à peu à remonter la pente. Ce sont elles qui m’ont rattachée à la vie. Depuis, j’ai même rencontré l’homme idéal. Aujourd’hui je garde des traces de cette histoire, j’ai toujours peur de m’engager et j’ai ce besoin vital de me protéger, mais je revis."

 

Norah, victime de violences conjugales 

"Sous l'emprise de mon conjoint, j'ai passé 17 ans de ma vie à être enfermée dans un cycle de violence sans en avoir conscience. Au début de notre relation, j'ai quitté le père de mes enfants pour m'installer avec lui car j'étais subjuguée par sa personnalité. Il m'a ensuite demandé de quitter mon emploi pour déménager avec lui et j'ai refusé. J'ai alors subi plusieurs viols conjugaux et mon corps a lâché : j'ai du être hospitalisée car j'étais en état de dénutrition, en fatigue psychologique et physique. La violence d'un huis clos est imperceptible depuis l'exterieur, et moi même j'ai mis du temps à réaliser."

 

Céline, 39 ans, agressée de nuit par son ex compagnon

"Après l'agression, je ne voulais rien dire. J'avais honte. Ce sont les enfants que je gardais qui ont parlé le lendemain. Deux jours après, j'ai fait une déposition à la gendarmerie. C'est eux qui ont prévenu l'association d'aide aux victimes. J'ai très vite été reçue. L'intervenant m'a tendu la perche pour raconter, et m'a déculpabilisée. C'est quelqu'un à qui l'on peut tout confier sans être jugée. Il a su refaire le puzzle, même s'il y a toujours la cicatrice. Il m'a conseillé de porter plainte. Une dame de l'association m'a accompagnée au procès ; ça m'a fait du bien, comme la condamnation de mon ex. C'était important que je sois reconnue comme victime, notamment pour ceux qui minimisaient en disant que c'était juste une gifle ou deux. Mais ce n'était pas une gifle ou deux ! Après ça, je ne pensais jamais pouvoir assez remercier l'association. Des gens qui vous tendent la main sans rien demander en retour, c'est tellement rare ! C'est pour ça que j'ai accepté de témoigner. Il faut que cette association ait les moyens de continuer à fonctionner."


Yoan, 45 ans, 6 enfants, victime de tentative de meurtre par son épouse

"Il y'a 5 ans, j'ai subi une tentative de meurtre par mon épouse, son amant et un homme de main. Ils m'ont assené 7 coups de couteaux et m'ont drogué à la benzodiazépine. Mon épouse a été mise en détention provisoire et mes enfants ont été placés en maison de l'enfance pendant mon hospitalisation. Elle a ensuite été condamnée à 20 ans de prison sans appel, son homme de main à 13 ans et son à amant à 10 ans. J'ai eu connaissance de l'association par Internet et via la procédure SOS Victimes que j'ai contacté 8 mois après les faits. Cela m'a permis de bénéficier d'une aide juridique et d'une bonne orientation mais également d'une réelle écoute de ma part de la psychologue, que je consulte encore aujourd'hui, à raison d'une fois par mois."