Recueil de témoignages

 
Tous les témoignages de personnes victimes sont regroupés par thèmes ci-dessous cliquables : 

Viol ou Agressions sexuelles   -    Harcèlement (scolaire, travail...)   -    Discrimination   -    Homophobie   -    Violence conjugale   -    Accident de la circulation

Cette rubrique a pour but de sensibiliser un maximum de personnes, tout en incitant les victimes qui n'osent pas parler à le faire. Toutes les personnes en tant que victimes ou proches de victimes doivent savoir qu'il/elle n'est pas seul.e et qu'il/elle peut obtenir de l'aide gratuitement par des professionnels formés.
L'engagement quoditien de France Victimes : permettre à toutes les personnes concernées d'avoir connaissance de leurs droits et comment les faire valoir, d'être soutenues psychologiquement et socialement. Pour cela, le 08Victimes : 01 41 83 42 08 est disponible 7jours/7 ainsi qu'un formulaire de contact pour vous orienter au mieux vers les associations proches de chez vous.

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#VictimesPlusJamaisSeules

Tous les prénoms dans ces témoignages ont été modifiés par soucis de confidentialité. 

 

Viol ou Agressions sexuelles

 

Témoignage de Corinne, 49 ans, Bourgogne-Franche Comté, Mère de victime de tentative de viol

Un soir, ma fille de 8 ans me lance « Un tonton qui viole une petite fille, est ce que le papa va en prison ? ». Je lui demande ce qu’elle veut dire par là. Elle me regarde et dit laconiquement « Tonton Nicolas m’a violée ». Sous le choc, je m’écroule. Alors que mes filles étaient en vacances chez leur père, Nicolas en a profité pour se glisser dans le lit de mon ainée. Il a tenté de la pénétrer. Elle a eu très mal et s’est mise à saigner. Le lendemain, son père remarque qu’elle saigne beaucoup. Nous nous sommes inquiétés et avons pensé qu’elle s’était blessée. Elle avait 5 ans au moment des faits. Je suis allée déposer plainte et je l’ai emmené chez le gynécologue qui m’a confirmé qu’elle n’avait pas été violée. Le père de ma fille n’y croyait pas, son frère ne pouvait pas faire une chose pareille, c’était « un homme bon et pieux ». Devant les policiers, Nicolas a tout avoué et s’est même senti soulagé. Sa famille a continué de nier. Ils m’ont même demandé de retirer ma plainte et inviter à régler ça « entre nous, en famille ». C’était un coup dur pour cette famille très religieuse et bonne sous tout rapport. Ma fille, très proche de son père voulait que ce dernier la croit et la reconnaisse en tant que victime.

Lors du procès, Nicolas était en prison depuis 2 ans. « Je demande pardon aux parents de Clara ». Ce n’est pas à nous qu’il doit demander pardon mais à notre fille. Le verdict est tombé : 5 ans de prison pour agressions sexuelles et interdiction de rentrer en contact avec mes filles. Elle a eu des dommages et intérêts mais rien ne pourra réparer la douleur.

Aujourd’hui, 20 ans plus tard, son père continue de dire qu’il ne s’en rappelle pas. Elle attend de pouvoir l’affronter avec le jugement sous les yeux pour tenter de se reconstruire. Je me suis sentie extrêmement coupable, comment n’avais-je rien vu, comment n’avais-je pas su protéger ma fille.  

 

 

 

Témoignage d'Irène, 32 ans, Hauts-de-France, Victime de viol

À 15 ans, j’ai été violée par l’ex compagne de mon père.

Cela a duré des années mais je n’ai rien dit. À vrai dire, je ne comprenais rien. Je me suis retrouvée totalement sous son emprise. Les souvenirs et les sensations sont claires mais sur le moment, il y a plus de 15 ans, j’étais incapable de faire quoi que ce soit.

Quand mon père l’a quittée quelques années plus tard, j’avais changé de région et le temps est passé. Mais la naissance de mes enfants a tout fait remonter : ça a été le déclic. Tout ce qui était arrivé n’était pas normal. Je prenais conscience. Suivie par un psychologue, un long travail s’est fait. J’ai contacté une structure adaptée, qui m’a encouragée à porter plainte et donné les outils pour comprendre pourquoi je ne parlais pas. J’ai fini par retourner vivre dans ma ville natale.

Je suis allée voir mon agresseuse. J’ai vidé mon sac. Les seuls mots qu’elle a prononcés ont été « Je n’ai pas pu faire ça ». Cela m’a soulagé mais les jours qui ont suivis ont été très difficiles. J’ai eu des flashbacks, etc.


Sur place, je cherchais quelqu’un vers qui me tourner. J’ai intégré un groupe de parole dans l’association France Victimes près de chez moi. Cela m’a fait avancer. J’avais un espace où je pouvais parler, où je me rendais compte que je n’étais pas seule et que d’autres ont été confrontés aux mêmes choses… J’ai été suivie pendant plus d’un an et je suis toujours en contact avec la psychologue de l’association. J’ai déposé plainte. Je voulais remettre les choses à leur place. Je suis une victime. Elle est mon agresseuse. Mon père n’a rien vu. Ma mère s’est posé des questions mais n’a rien fait.

Ma plainte a été classée sans suite mais elle est passée par la case garde à vue, expertise psy… Je me raccroche à cela, elle a moins de chance de recommencer, de s’en prendre à d’autres. Cette plainte et les convocations au commissariat m’ont permis d’échanger avec ma mère : « Ils vont me demander pourquoi je n’ai rien fait ». Moi aussi je me le demande.

Pour moi, c’est important de témoigner car le chemin a été long et difficile. On se sent seuls. En général, l’agresseur est un homme. Dans mon cas c’était une femme, dans le cercle familial… Beaucoup se demandent pourquoi je ne suis pas partie. Elle ne m’a pas battue, ne m’a pas enfermée. On ne se rend pas compte du mécanisme qui peut s’installer dans de telles situations. Mais avec le temps, j’ai compris qu’homme ou femme, la douleur était la même.

Aujourd’hui, je me sens libérée. Ça sera toujours là, cela fait partie de mon histoire mais je ne suis plus enfermée dans la situation. Il est essentiel pour moi que je me détache de tout cela pour ne pas transmette mes angoisses à mes enfants.

 

 

Témoignage de Lana, 21 ans, Centre-Val de Loire, Victime de harcèlement et d'agression sexuelle

Mon chargé de TD à l’université était une connaissance. Il vivait dans le même immeuble que mon meilleur ami et je savais qu’il était marié et qu’il avait un enfant. Un jour, il me propose de réviser dans son bureau et prend mon numéro. Il m’envoie des messages, me pose beaucoup de questions personnelles et finit par m’avouer que je lui plais. Je lui fais comprendre que ce n’est pas réciproque mais je n’ai pas voulu le vexer alors j’en ai ri et j’ai laissé passer. En cours ou en soirée, lorsqu’il y a du monde, il garde ses distances mais il me regarde en se mordillant la lèvre et m’envoie des messages pour que je le rejoigne dans les escaliers de son immeuble. J’arrive toujours à l’éviter.

Mais un soir, alors que j’allais chez mon meilleur ami, nous nous sommes croisés. Il me répétait qu’il pensait tout le temps à moi et que je lui plaisais vraiment. Il m’a collé contre le mur pour m’embrasser dans le cou. Je l’ai alors repoussé en lui disant qu’il ne me plaisait pas du tout et qu’il n’avait pas intérêt à recommencer. Nous nous sommes revus en soirée, il disait à tous qu’il voulait dormir avec moi. Du coup, tout le monde a eu des soupçons sur lui et il s’est retrouvé dans l’embarras. J’ai ensuite déménagé, je n’ai plus jamais eu de nouvelles de lui et tant mieux ! »

 

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Harcèlement (scolaire, travail...)

 

Témoignage de Joséphine, 14 ans, Ile-de-France, Victime de harcèlement, coups et insultes

En primaire, une fille m’insultait sans cesse, me menaçait, me tirait les cheveux, me frappait... Je ne lui ai jamais rien fait, je pense qu’elle était jalouse de moi. En voyant des blessures, mes parents ont décidé de porter plainte contre l’école et contre les professeurs qui ont assistés à ces scènes sans ne jamais rien faire (certains d’entre eux souriaient). 

Par manque de preuves, la plainte a été classée sans suite. Elle a alors continué jusqu’en 6e et ses amis se sont joints à elle. Ils me poussaient dans les couloirs, m’insultaient à l’école, par SMS et même sur les réseaux sociaux. Je n’en parlais pas, ça me rendait malade et je ne mangeais plus. Une fois, cette fille et son ami m’ont tellement martyrisée que j’ai fait une tentative de suicide à seulement 11 ans.  

 

Témoignage de Manon, 17 ans, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Victime de harcèlement à l'école 

J’étais en 3e et une ancienne copine a lancé la rumeur selon laquelle « je me faisais tourner dans les caves ». Cette phrase a ensuite été répétée, amplifiée et des dizaines de versions sont sorties. Partout où j’allais, j’en entendais parler, on me pointait du doigt, on me dévisageait. J’ai commencé à recevoir des messages de menaces et mes camarades me rabaissaient sans cesse. J’avais un fort caractère mais j’étais devenue faible. Plus le temps passait et plus j’étais impuissante, je vivais avec la boule au ventre. Quand je passais, on m’insultait de « sale pute », « salope », « chienne de caves » … Lasse, j’ai décidé de réagir et je me suis battue avec une élève qui ne cessait de m’insulter. Cela n’a malheureusement fait qu’empirer les choses et je n’avais plus la force de retourner à l’école affronter tous ces gens. Je me suis mise à sécher les cours et à errer toute la journée pour que mes parents ne se rendent compte de rien. J’étais fatiguée, je ne supportais plus cette vie et j’avais les idées de plus en plus noires. J’ai fini par en parler avec ma mère et j’ai changé d’établissement.

Cela a été tellement difficile que 2 ans plus tard, j’ai encore du mal à m’en remettre.

  

Témoignage d'Inès, 54 ans, Bretagne, Victime de harcèlement au travail 

Durant plus de 35 ans de carrière, je n’ai jamais eu aucun problème avec mes différentes directions ou mes collègues, bien au contraire. J’avais un poste à responsabilité et je manageais la plus grande équipe de la structure. Un nouveau directeur est arrivé et je ne sais plus comment tout s’est enchaîné. Il m’a rapidement fait faire un bilan de compétence et a refusé de recruter de nouveaux employés lorsque mon activité a augmenté. Je me retrouvais surchargée de travail et j’enchaînais les heures supplémentaires. Lorsque j’ai osé me plaindre, il m’a reproché mon manque d’organisation et m’a conseillé de « faire du yoga » car si je n’arrivais pas à gérer la situation c’était à cause de la fatigue et non pas parce que l’équipe était en sous-effectif. 

Il a fait appel à une coach pour me rencontrer et mettre en place un suivi, cette dernière a décelé un burn out. Il a très mal réagi et a décidé de couper court. Le soir même, mon médecin m’a prescrit le premier arrêt maladie de ma vie. Dès lors, il m’avait en ligne de mire et était toujours en désaccord avec moi. Lorsque je refusais des congés à des membres de mon équipe, lui les acceptait pour me mettre en difficulté. En réunion, il n’hésitait pas à m’humilier. Il suffisait que je pose une question pour qu’il me fasse la leçon, pour me dire que j’étais hors sujet ou que ce n’était pas le moment d’en parler. Il disait à certains collègues que je ne comprenais rien et leur demandait « ça va avec elle ? ». C’est là que j’ai compris ce que je subissais : du harcèlement moral. Je commençais alors à perdre crédibilité et confiance en moi, j’avais l’impression que je ne savais plus faire mon travail. Dans le cadre d’une enquête menée sur les risques psychosociaux dans la structure, le directeur me questionne sur mon management. Dès que je réponds, il rétorque « ce n’est pas une réponse » et en profite pour s’attaquer à d’autres chantiers : « autant de personnes à gérer c’est beaucoup trop pour vous », « votre mail n’était pas correct » ...

Pourtant, c’était ses mails qui étaient durs. J’étais désemparée lorsque j’en recevais un, je ne savais pas quoi répondre. Quelques mois plus tard, il m’annonce qu’il a une « bonne idée » pour moi. Il m’invite à prendre un autre poste et à laisser ma place, mes responsabilités et mon équipe à quelqu’un d’autre, car selon lui, je n’aimais pas le management. Je ne lui ai jamais rien dit à ce sujet. Mon sort était déjà scellé : je devais accepter un poste de « référente » (sans trop savoir ce que c’était) ou partir. Je n’étais pas étonnée, j’étais sur un siège éjectable depuis son arrivée. En prenant ce nouveau poste, parquée dans un bureau exigu à six, loin du confort de mon ancien bureau, les brimades ont continué. Un jour il a osé dire aux collègues qu’il ne fallait pas m’écouter car j’étais de l’ancien temps. C’est là que ma descente en enfer a commencé.

Pendant 3 mois, je me suis retrouvée à effectuer des missions de débutante. Je faisais des heures supplémentaires sans aucune rémunération. Je n’avais plus de loisirs, plus de vie sociale, je ne pensais qu’au boulot et à satisfaire mon directeur. Ma vie privée en a pris un coup. Je mentais à mon mari pour pouvoir rester plus tard au travail, mes enfants m’en voulaient car je m’éloignais d’eux. Ma famille s’est sentie délaissée et s’est éloignée de moi en retour.

Sous pression, j’ai à nouveau été arrêtée pour la 3e fois en quelques mois. À mon retour, j’étais tellement angoissée à l’idée de reprendre le travail et de le revoir que j’en suis tombée malade.  Je suis arrêtée depuis 1 an.

Ma vie a complètement basculé. Sous anti dépresseurs et somnifères, je ne sortais plus du lit et dormais plus de 15 heures par jour pendant des mois. J’étais en décalage, je n’avais plus envie de rien, je n’avais pas la force de voir du monde. J’étais épuisée mentalement et physiquement. J’ai pris du poids, je faisais des cauchemars toutes les nuits. Je vivais avec la boule au ventre. J’avais peur de cet homme dont je n’arrivais pas à me défaire. Pendant 2 ans, j’ai supporté le harcèlement de cet homme pensant que c’était moi le problème. Aujourd’hui, je ne sais pas quel est mon avenir. J’ai peur d’y retourner mais j’ai aussi peur de reprendre un autre travail. Suis-je assez bien ? Cet homme m’a détruite et aujourd’hui j’essaye de me reconstruire grâce à mes proches. J’ai pris conscience que la vie était ailleurs.

 

 

Témoignage de Guillaume, 17 ans, Ile-de-France, Victime de harcèlement moral

J’ai subi du harcèlement moral au collège car j’étais différent des autres. Tous les jours, on se moquait de moi, on m’insultait, on m’humiliait et j’étais de plus en plus mal. Grâce à l’intervention du CPE et de ma famille, la situation s’est apaisée. Aujourd’hui, je suis en 1re et j’ai l’impression que l’histoire se répète. Les gens critiquent ma façon d’être et lancent des rumeurs sur moi. Tout le monde dit que je suis homosexuel alors que ce n’est pas vrai. On me reproche d’être trop efféminé et on m’invite (paradoxalement) à assumer mon supposé penchant pour les garçons alors que j’étais amoureux d’une fille de la classe. Tous les jours, on me lance : « t’es moche », « tu ne sers à rien », « tu ne trouveras jamais personne », « personne ne t’aime ». Je n’ai jamais porté plainte car je pense que ça ne mènera à rien et je n’ai parlé à ma famille que du harcèlement au collège. Ce qui m’a marqué, c’est une humiliation devant toute la classe : « Tu ne mérites rien dans la vie ».

 

 

Témoignage d'Aminata, 16 ans, Grand-Est, Victime de harcèlement et de menace armée

Au collège, une nouvelle est arrivée dans la classe. Rapidement, elle s’est mise à me bousculer et à m’insulter. Je n’aime pas les conflits alors je ne réagissais pas, mais un jour j’ai craqué et nous nous sommes disputées. Pour se venger, elle a alors volé mon sac. Toute la journée, mes recherches ont été vaines et j’ai pu deviner que c’était elle car le signal de mon téléphone menait chez elle.  À son retour, elle me menace : « il ne fallait pas me dénoncer sale pute, tu verras ce que je vais te faire. Toi et ta pote je vais vous planter. ». Elle a mis sa menace à exécution. Nous étions aux toilettes avec mon amie, et mon harceleuse nous a coincé en nous menaçant avec un couteau. Nous avons eu très peur, nous nous sommes enfermées dans les toilettes. Déterminée, elle nous attendait à la sortie du collège pour nous planter avec son couteau. 

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Discrmination

 

Témoignage de Selma, 17 ans, Ile-de-France, Victime de discrimination

J’ai intégré un lycée où je ne connaissais personne et malgré des problèmes de dyslexie et de communication, j’ai essayé d’aller vers les autres élèves. Je me suis rapprochée d’une fille assez populaire en me disant que cela me « protègerait » des autres, notamment du groupe de garçon de la classe qui me lançaient des pics sans raison. J’avais le droit à des « ta gueule », « t’es qui » et je ne réagissais pas. Avec le temps, ils se sont mis à m’insulter plus fort encore : « t’as rien à faire ici, t’es grave conne, casse-toi dans ta cité. », « t’es une connasse ».

J’essayais de prendre sur moi, mais je pleurais matins et soirs, j’avais une boule au ventre en allant au lycée et je priais pour qu’un camion m’écrase sur le chemin. Je cachais la situation à mes parents. Malgré tout, j’essayais d’être gentille et d’aller vers les autres, mais rien n’y faisait. Les insultes continuaient et on se permettait des réflexions peu appréciables sur ma religion et sur la situation financière de mes parents. Je voulais changer de lycée, mais il était réputé et je me disais que ce n’était que quelques mauvaises années à passer. Pour mes camarades, je venais des quartiers populaires, ils disaient que je vivais dans un quartier de dealer, avec des religieux extrémistes et autres clichés complétement faux.
Je me souviens m’être fait toute petite durant les attentats de Paris, par peur d’être prise à partie. Ils me lançaient des : « De toute manière, on est plus en sécurité », « Le FN il n’y a que ça de vrai, hein Selma ? » Pendant les cours de géographie, ils me cherchaient en disant que « les banlieues c’est là où il y a des rebeus qui se battent et dealent » ou « que les rebeus étaient tous des multi récidivistes islamistes vendeurs de shit ». Cela a duré deux ans et j’ai finalement changé de lycée pour mon année de terminale, il était impossible que j’obtienne mon BAC dans de telles conditions. J’ai développé une véritable phobie scolaire et ces deux années m’ont détruite psychologiquement. J’ai finalement avoué la situation à ma famille, et mon grand frère a envoyé un message sur Facebook au « leader » du groupe.

Ce à quoi il a répondu : « C’est de sa faute, elle se braque pour rien. ». Le fait que je me sois faite harceler pendant 2 ans et que l’on m’en tienne pour responsable a été encore plus difficile pour moi. 



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Homophobie 

 

Témoignage de Matthieu, 19 ans, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Victime d'homophobie

On a commencé à me harceler en seconde. J’assumais pleinement mon homosexualité, mais j’étais dans une classe de « machos ». Ils ont commencé à m’envoyer des pics : « un vrai mec ne pense pas comme ça », « un vrai mec doit dire ou faire ça. »…
J’ai décidé de passer outre. Je me suis rapproché d’un garçon de la classe, nous étions complices. Une fille a lancé la rumeur selon laquelle j’avais pris les fesses de ce garçon en photo. Tout le monde s’est retourné contre moi (y compris le garçon en question) et certains disaient même qu’il fallait faire attention car je risquais de les « tripoter » ou de les violer dans les toilettes. Pendant 6 mois j’ai subi sans réagir et une nouvelle rumeur a été lancée : je couchais avec un homme plus vieux. Évidemment tout était faux mais j’ai eu le droit au surnom du « petit pd qui se tape des vieux ». J’ai fini en dépression. Je séchais les cours et je me mutilais tous les soirs.

 

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Violences conjugales

 

Témoignage d'Élise, 50 ans, Occitanie, Victime de violences conjugales

J’avais 28 ans, il en avait 22. Je vivais seule avec mes deux filles.
Je l’ai fréquenté pendant 3 ans. Nous n’avions pas la même vie : je travaillais dur, j’étais mère de famille et lui ne faisait rien. Rapidement, il a commencé à imaginer que j’allais voir ailleurs. « Je suis sûre que tu couches avec ton directeur », « je vous ai vu arrivé tous les deux en voiture » … Il devenait parano, je l’ai alors quitté une première fois. Il s’est excusé et s’il réagissait comme ça c’était « parce qu’il m’aimait » mais qu’il ne recommencerait plus.

Il n’a jamais tenu ses promesses. J’avais 15 minutes de retard et il s’imaginait le pire.
Avec le temps, il devenait insistant et voulait que l’on emménage ensemble, que l’on fasse un enfant… ce que je refusais catégoriquement. J’aimais passer du temps avec lui mais je savais qu’il n’y avait pas d’avenir possible entre nous.


Sa volonté de créer une nouvelle famille sans accepter celle que j’avais déjà construite m’a poussé à le quitter une nouvelle fois. Il a alors commencé à me suivre dans la rue. Où que j’aille, il était derrière moi. Un soir, il a attendu que je mette la clé dans la porte pour me pousser à l’intérieur. Il m’a enfermée à clé et m’a menacée : « Je vais t’emmerder toute la nuit », « Tu ne vas pas déposer plainte, tu travailles dans le monde judiciaire, tu vas perdre ton boulot » … Il a essayé de m’embrasser, je l’ai repoussé. Il m’a alors assené un coup de poing au visage. J’ai eu très mal. De nouveau, il s’est transformé en prince charmant. Naïve et en manque d’amour, je suis encore une fois – je ne les compte plus – retombée dans ses filets et j’oubliais même les menaces de mort. Il me disait « je viendrais te tuer et personne ne le saura ». Il avait fait une tentative de suicide alors je culpabilisais, je me disais que j’exagérais. Il n’était pas si méchant.

J’ai essayé de faire des efforts pour que cela se passe mieux entre nous. Nous avons coulé quelques jours heureux avant qu’il ne lève la main sur moi devant mes filles. C’était le déclic. Je ne pouvais pas imposer une vie pareille à mes filles. Je lui ai demandé de partir et j’ai déménagé.

Il s’est mis à me harceler, à crever mes pneus, à rayer ma voiture et il me suivait partout où j’allais… J’ai fini par déposer plainte. On m’a reproché d’avoir fréquenté une personne connue des services de police. On a seulement pris ma plainte contre X. Il a continué. Épuisée, j’ai alors fait appel à un ami pour qu’il m’en « débarrasse ».  Je pensais qu’il ne me lâcherait jamais jusqu’au jour où il m’a dit : « Je te quitte et sur la tombe de mon père, jamais je ne reviendrai avec toi ». J’étais soulagée. Il allait enfin disparaitre de ma vie.

Mais sa présence était toujours là. Il suffisait que quelqu’un soit derrière moi, pour que je sois prise de panique. Je le voyais partout et son souvenir me hantait. Cet homme m’avait détruite, il m’avait éloigné de tout le monde, je n’avais plus d’amis et j’avais honte d’en parler à ma famille.
J’ai perdu confiance en moi. Pendant 15 ans, j’ai refusé de fréquenter un homme pour me protéger et protéger mes enfants. Avec le temps et l’amour de mes filles, j’ai réussi peu à peu à remonter la pente. Ce sont elles qui m’ont rattachée à la vie. Depuis, j’ai même rencontré l’homme idéal. Aujourd’hui je garde des traces de cette histoire, j’ai toujours peur de m’engager et j’ai ce besoin vital de me protéger, mais je revis.

 

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Accident de la circulation

 

Témoignage de Barbara, 47 ans, Nouvelle-Aquitaine, Victime d'accident de la circulation

En 2014, j’ai été renversée par une voiture. J’ai immédiatement pensé à protéger ma tête, je savais que c’était la première chose à faire. J’ai été transférée au CHU le plus proche où j’ai été hospitalisée et opérée dans la foulée. C’est là que l’on se rend compte que la vie bascule. Pour ma part, ce fut un chamboulement complet et je n’avais de cesse de me dire « je ne peux pas laisser mon mari et mon fils », « ils ont besoin de moi ». Durant cette période il me fallait gérer la douleur, la situation, le travail… La police a appelé mon mari pour porter plainte, ce que j’ai fini par faire 15 jours après les faits.

L’automobiliste qui était restée sur les lieux m’avait dit : « relevez-vous, vous n’avez rien, vous n’avez pas mal ». Paradoxalement, elle poursuivait « elle est maigre, elle doit avoir mal ». Mais je ne la blâme pas, elle a dû avoir peur sur le coup. Nous nous sommes retrouvées au moment du pénal mais depuis 3 ans j’ai fait en sorte de ne plus la revoir. Au fond de moi je lui en veux. Je me dis qu’elle aurait pu me tuer.

J’ai eu la chance d’être rapidement orientée vers l’association France Victimes de ma ville. J’y ai rencontré une femme exceptionnelle qui m’a prise en charge et m’a dirigé vers les bonnes personnes au bon moment. À mon écoute, elle se montrait disponible. Cette femme m’a sauvé la vie. Depuis 3 ans, je la vois une fois toutes les 3 semaines. Je pense que j’ai besoin de ce suivi au moins jusqu’au jugement civil. J’attends les réparations physiques.

Depuis, j’ai repris le travail à mi-temps et j’avance vers un 60 % : je vais mieux. Je suis sous traitement pour dormir mais les cauchemars ont cessé. Avoir repris une vie sociale me permet de me reconstruire et d’avancer.

Cet accident a changé ma vie. Je vois la vie autrement, je vis autrement. Ce fut très dur pour moi au début mais cela m’a rendue plus positive. J’ai croisé beaucoup de bonnes personnes sur mon chemin.

Aujourd’hui, je suis très prudente en voiture, je roule moins vite et je fais très attention lorsque je suis piéton. J’ai encore des douleurs, du fait de mes deux opérations : je boite, je porte des semelles orthopédiques. Je ne peux plus me chausser comme je veux.
Il faut s’adapter, on ne peut pas faire autrement.

J’ai tellement touché le fond que j’ai fini par positiver.

 

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